Le bonheur

Le bonheur


Doit-on aimer les oreilles et les yeux clos ?
Je crois en toi, mais la vie semble si amère.
Virginité enfin trouvée, perdue tantôt
Annulant presq' notre étreinte première.

Heureux du présent tout en souffrant le futur,
Je m'interroge : c'est quoi le bonheur ?
Est-ce l'isolement dans lequel on se mure ?!
J'aimerais ouïr la mélodie de ton c½ur.

Je veux qu'il reprenne l'hymne à ma chair
Et ses mystères attendant leur petit Eros.
J'aimerais que l'Amour nous sourit à nouveau ;

Que tes lèvres muet' soupirent à l'univers
Tout entier ce que voit mon ½il rêveur
Avant que toute passion ne meure.

Simon GAMWO DONGHO
10 Avril 2008
# Posté le jeudi 10 avril 2008 10:58

Mes poèmes préférés

El Desdichado

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard DE NERVAL


LXXVIII. Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées,
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles BAUDELAIRE


L'Albatros

Souvent pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles BAUDELAIRE


Ophélie

I
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II
Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur RIMBAUD


Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur RIMBAUD


Ma Bohême

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Arthur Rimbaud


Las de l'amer...

Las de l'amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j'ai fui l'enfance
Adorable des bois de roses sous l'azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides ? -
Je veux délaisser l'Art vorace d'un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l'âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d'azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grands cils d'émeraude, roseaux.

Stéphane MALLARME
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# Posté le lundi 17 mars 2008 09:31
Modifié le dimanche 23 mars 2008 14:05

Liberté de chercher®

Liberté de chercher®


Stylo encré dans la main, c'est avec entrain
Que d'une cartouche j'essaie de tirer du courage.
La plume tremble, la balle est dans mon camp.
Je m'applique ; la chance est de mon côté,
Mon style au dessus des leurres contrarie.
Peu importe, je ne me fais pas de bile !
Je ne jette pas l'ancre si ça coule à flot :
Il faut se laisser submerger, ressentir les ondes,
Sonder son âme pour faire tout resurgir.
Ainsi ton fantôme vivace reparaît.

Je me rappelle l'arrivée de cet enfant
Dans le beau et glacial pays de la môme.
Il était le mouton différent en Gaule.
Rien n'y faisait, ni le béret ni la baguette !
Aujourd'hui c'est un homme qui a joué tous les rôles ;
Mais les idoles résistent et le privent d'emploi.
Il a juste la liberté de chercher
L'égalité et la fraternité partout où elles sont supposées.
Il se démène sous la couverture grise du ciel,
Il est même prêt à défier l'univers.

Simon GAMWO DONGHO
13 Mars 2008
Liberté de chercher®
# Posté le jeudi 13 mars 2008 08:22

Retour au pays®

Retour au pays®
Retour au pays

Ô ciel qu'il fait bon d'être sur terre ! Hum ! Quelle chance !
J'ai rencontré le soleil, il y a quelques temps par hasard.

Depuis, mon c½ur de nuées, danse comme en songe ;
Et mes pensées ont rencontrées mes rêves.

Ensemble, pleins d'orgueils, ils embrassent les cieux.
Libre ! Un calme infini m'entoure et me berce.

Et ce continent merveilleux, qui me fit naître,
Ami de l'astre solaire, me réclame gaiement.

Tout est magnifiquement préparé pour mon retour
Dans mon foyer d'autrefois pour un recommencement.

Sur le seuil, les regards tristes de mes proches m'accompagnent
Alors que je quitte cette demeure, glacé, pour une meilleure à venir.

Déjà, je sens comme un rayon sur mon front rêveur ;
Et mon âme s'en va en ballade dans la lune.

Tout est si beau. Tout est si calme en ce jour qui décline.
Mon sang, la terre et les cris se mélangent à l'air chaud du soir.

Simon GAMWO DONGHO
11 Février 2008
# Posté le lundi 11 février 2008 12:18

L'orphelin de l'Aurore®

L'orphelin de l'Aurore

La nuit blanchissait à peine, et je m'impatientais. J'avais rendez-vous avec le Soleil à la cime du grand arbre. Je l'imaginais m'inondant de ses rayons noirs.

Je suis l'orphelin de l'Aurore et j'imagine ce visage bienveillant penché sur le mien. Les yeux fixés sur l'horizon, j'imagine la joie de retrouver ce roi de lumière.

Sa mémoire devrait être mienne aussi, mais de lui, je ne sais presque rien. Père, j'ai d'étranges heures. Je voudrais te connaître, et surtout que tu me connaisses, maintenant.

Ce n'est pas encore le jour, mais quelques points lumineux trouent par endroits la sombre étoffe. Au pied de l'arbre, j'attends que la lumière soit. Mais la lumière fuit.

Elle fuit mon corps immobile au pied du grand arbre. Elle me refuse cette rencontre précoce ; en attendant, tu me manques père.

Je pourrais jouer au dur jusqu'au marbre, mais je préfère avouer que je me perds. Car aujourd'hui encore, je ne suis qu'un fils.

A SUIVRE

Simon GAWMO DONGHO
20 Novembre 2007
L’orphelin de l’Aurore®
# Posté le mardi 20 novembre 2007 09:58
Modifié le samedi 05 janvier 2008 07:44

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